Par La rédaction Le Bon Lait — Publié le 2026-02-21

L'importance de la vitamine D pour les bébés

La vitamine D est un nutriment essentiel pour le développement des nourrissons. Elle régule l'absorption intestinale du calcium et du phosphore, deux minéraux indispensables à la construction du squelette. Sans un apport suffisant en vitamine D, l'absorption du calcium chute de 60-80 % à seulement 10-15 % (source : INSERM, Médecine/Sciences, 2006), exposant le nourrisson au rachitisme.

Pourquoi la vitamine D est-elle si importante pour les bébés ?

La vitamine D agit à trois niveaux dans l'organisme :

  • Au niveau intestinal : elle active les transporteurs du calcium (CaT1) et la calbindine, permettant l'absorption de 60 à 80 % du calcium alimentaire.
  • Au niveau osseux : elle participe à la minéralisation du tissu osseux et à la différenciation des ostéoclastes.
  • Au niveau rénal : elle augmente la réabsorption tubulaire du calcium.

Au-delà de son rôle osseux, le calcitriol (forme active de la vitamine D) contrôle plus de 200 gènes impliqués dans la prolifération cellulaire, la réponse immunitaire et la sécrétion d'insuline (source : INSERM, Médecine/Sciences, 2010). Les monocytes, macrophages et lymphocytes expriment le récepteur VDR et produisent localement du calcitriol, ce qui leur permet de synthétiser la cathelicidine, un peptide antimicrobien.

Quelle dose de vitamine D donner à un bébé ?

Le consensus français de 2022, validé par la Société Française de Pédiatrie (SFP), l'AFPA et cinq autres sociétés savantes, a simplifié les recommandations :

  • De 0 à 2 ans : 400 à 800 UI par jour de vitamine D, sans distinction selon le type d'alimentation (allaitement maternel ou lait infantile) ni selon le phototype.
  • De 2 à 18 ans : 400 à 800 UI par jour (800 à 1 600 UI en cas de facteur de risque).

La supplémentation doit commencer dès la naissance et se poursuivre de manière continue jusqu'à 18 ans. C'est un changement majeur par rapport aux recommandations précédentes (2012) qui interrompaient la supplémentation entre 5 et 10 ans.

Médicaments recommandés en France : l'ANSM recommande d'utiliser exclusivement des médicaments avec AMM (Adrigyl, ZymaD, Deltius) et non des compléments alimentaires, dont la concentration par goutte n'est pas standardisée. En 2021, des cas d'intoxication à la vitamine D chez des nourrissons ont été signalés suite à l'utilisation de compléments pour adultes contenant jusqu'à 10 000 UI par goutte.

Vitamine D dans les laits infantiles : que dit la réglementation ?

Le Règlement délégué (UE) 2016/127, modifié par le Règlement (UE) 2019/828, fixe les teneurs en vitamine D dans les préparations pour nourrissons :

  • Minimum : 2 µg pour 100 kcal (soit 80 UI)
  • Maximum : 2,5 µg pour 100 kcal (soit 100 UI) — abaissé de 3 à 2,5 µg en 2019 après un avis de l'EFSA signalant un risque de dépassement du niveau tolérable chez les 0-4 mois cumulé à la supplémentation.

Le lait maternel, quant à lui, contient seulement 8 à 48 UI/L de vitamine D — très insuffisant pour couvrir les besoins quotidiens (400 UI/jour). C'est pourquoi la supplémentation est indispensable, que le bébé soit allaité ou nourri au biberon.

Vitamine D2 ou D3 : laquelle choisir ?

La vitamine D existe sous deux formes : D2 (ergocalciférol, d'origine végétale) et D3 (cholécalciférol, d'origine animale ou synthétisée par la peau sous l'effet des UVB). Une méta-analyse de 24 études portant sur 1 277 patients (Nutrients, 2021) conclut que la D3 est significativement plus efficace que la D2 pour élever le taux sérique de 25-OHD (différence moyenne : +15,69 nmol/L en faveur de la D3).

La SFP accepte les deux formes mais la D3 est privilégiée en pratique. Le Stérogyl (D2) est déconseillé en première intention chez le nouveau-né en raison de sa teneur en éthanol.

Pourquoi le soleil ne suffit-il pas en France ?

Les pédiatres et dermatologues français sont unanimes : aucun nourrisson de moins de 6 mois ne doit être exposé directement au soleil. La peau du nouveau-né est immature, avec une faible épaisseur du derme et une capacité mélanocytaire insuffisante.

Sous les latitudes françaises (43 à 51° Nord), d'octobre à mars, l'angle zénithal solaire est trop faible pour que les UVB induisent la synthèse de vitamine D dans l'épiderme. Même en été, un nourrisson maintenu habillé et à l'ombre ne synthétise que des quantités négligeables. Une étude menée à Albuquerque (31° Nord, ensoleillement quasi annuel) a montré que seulement 49 % des enfants avaient des taux adéquats.

Le rachitisme : un risque toujours d'actualité

Le rachitisme carentiel, quasi disparu en France dans les années 1990 grâce à la supplémentation systématique, connaît une recrudescence depuis les années 2000. L'incidence annuelle est passée de 2,3 à 3,1 cas pour 100 000 enfants entre 2018 et 2023 (+35 %). L'Île-de-France concentre 28 % des cas.

Une étude multicentrique française a identifié 39 enfants avec rachitisme confirmé, dont 77 % n'avaient pas reçu une supplémentation adéquate (source : DUMAS, étude épidémiologique multicentrique).

L'étude Esteban (Santé publique France, 2014-2016) montre que seulement 3 enfants sur 10 atteignent un taux de vitamine D adéquat, et 4 % des enfants présentent une carence franche (<30 nmol/L).

Facteurs de risque de carence en vitamine D

Le consensus 2022 identifie quatre facteurs de risque majeurs :

  • Pigmentation cutanée foncée : la mélanine filtre les UVB. Les peaux foncées nécessitent 3 à 5 fois plus d'exposition pour produire la même quantité de vitamine D.
  • Allaitement maternel exclusif non supplémenté : le lait maternel ne contient que 8 à 48 UI/L, insuffisant pour couvrir les 400 UI/jour nécessaires.
  • Latitude nord et naissance en hiver : un nourrisson né en automne/hiver a des réserves basses et arrive dans une période de synthèse solaire nulle.
  • Statut maternel déficient : la réserve néonatale en vitamine D est entièrement d'origine maternelle (transfert transplacentaire).

Ce qu'il faut retenir

La vitamine D est indispensable au développement osseux et immunitaire des bébés. La supplémentation de 400 à 800 UI/jour doit commencer dès la naissance, quel que soit le mode d'alimentation, et se poursuivre jusqu'à 18 ans. Utilisez exclusivement des médicaments avec AMM (ZymaD, Adrigyl, Deltius) et non des compléments alimentaires. Les laits infantiles contiennent de la vitamine D conformément à la réglementation européenne, mais cette quantité seule ne suffit pas.

Consultez notre comparatif des laits 1er âge pour connaître les teneurs en vitamine D de chaque formule. Voir aussi nos guides sur la vitamine K et le DHA (oméga-3).

Sources

  • Bacchetta J. et al., « Vitamin D and calcium intakes in general pediatric populations », Archives de Pédiatrie, mai 2022 — Consensus SFP/AFPA/SFEDP/SNP/SOFREMIP/SFN.
  • Règlement délégué (UE) 2016/127 et Règlement (UE) 2019/828 — EUR-Lex.
  • Étude Esteban 2014-2016 — Santé publique France, dosages biologiques vitamines et minéraux.
  • ANSM, « Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires », 2021.
  • INSERM, Médecine/Sciences, « Effets non osseux de la vitamine D », 2010.
  • Méta-analyse D2 vs D3, Nutrients, 2021 (PMC8538717) — 24 études, 1 277 patients.