Par La rédaction Le Bon Lait — Publié le 2026-02-21

L'importance de la vitamine K pour les bébés

La vitamine K est indispensable à la coagulation sanguine du nouveau-né. Sans elle, le bébé risque la maladie hémorragique du nouveau-né (MHNN), un syndrome pouvant provoquer des saignements intracraniens potentiellement mortels. C'est pourquoi une prophylaxie systématique est administrée à tous les nouveau-nés en France dès la naissance.

Qu'est-ce que la maladie hémorragique du nouveau-né ?

La MHNN (aussi appelée hémorragie par carence en vitamine K, HCVK) est un syndrome hémorragique causé par un déficit en facteurs de coagulation vitamino-K-dépendants (facteurs II, VII, IX et X). Elle se manifeste par des saignements spontanés — digestifs, cutanés et surtout intracraniens.

Sans prophylaxie, l'incidence est significative : 0,25 à 1,7 % des naissances pour la forme classique, et 4,4 à 7,2 cas pour 100 000 naissances pour la forme tardive (source : Pauchard et al., PMC 6184950 ; données européennes). Environ 10 % des cas entraînent le décès et 30 % laissent des séquelles neurologiques permanentes.

Les trois formes de MHNN

On distingue trois formes selon le moment de survenue :

  • Forme précoce (dans les 24 premières heures) : liée à des médicaments maternels inhibant la vitamine K (anticonvulsivants, rifampicine, anticoagulants coumariniques). Peut survenir in utero.
  • Forme classique (J2 à J7) : la plus fréquente. Causée par des apports insuffisants, des réserves hépatiques quasi nulles et l'absence de flore intestinale productrice.
  • Forme tardive (semaines 2 à 12) : la plus grave. Risque élevé d'hémorragie intracranienne. Concerne quasi exclusivement les nourrissons allaités non supplémentés. Peut aussi révéler une cholestase ou une malabsorption non diagnostiquée.

Pourquoi les nouveau-nés sont-ils à risque de carence ?

Trois mécanismes expliquent la vulnérabilité spécifique du nouveau-né :

  • Transfert placentaire minimal : la phylloquinone (K1) traverse le placenta en quantités très faibles. Les concentrations dans le sang du cordon sont inférieures à 0,1 nmol/L. Les réserves hépatiques néonatales sont quasi nulles.
  • Flore intestinale absente : l'intestin du nouveau-né est stérile. La synthèse bactérienne de vitamine K2 (ménaquinones) ne débute que progressivement, et les ménaquinones restent indosables dans le foie néonatal jusqu'à environ J14 (source : EFSA, 2017). La flore des bébés allaités, dominée par les bifidobactéries, produit peu de vitamine K.
  • Faible teneur du lait maternel : le lait maternel contient seulement 2 à 3 µg/L de vitamine K1, contre environ 55 µg/L dans les laits infantiles — soit un rapport de 1 à 20 (sources : La Leche League France ; laits.fr, données analytiques).

Le protocole de prophylaxie en France

Le protocole de référence est celui de la Société Française de Néonatologie (SFN, 2015) et de l'ANSM (2014) :

Voie orale (schéma de référence, 3 doses)

  • Dose 1 : 2 mg per os à la naissance (dans les premières heures)
  • Dose 2 : 2 mg per os entre J4 et J7 (avant la sortie de maternité)
  • Dose 3 : 2 mg per os à 1 mois de vie — cette troisième dose n'est pas obligatoire si le bébé est exclusivement nourri au lait infantile (qui contient suffisamment de vitamine K)

Voie intramusculaire (alternative, dose unique)

  • 1 mg IM à la naissance — utilisée si la voie orale est impossible ou chez les nourrissons à risque

Avec le protocole oral complet en 3 doses, la protection approche 100 % contre les formes classique et tardive. Avec une dose orale unique, le risque relatif de MHNN tardive est 28,75 fois plus élevé qu'avec l'injection IM (source : données allemandes, Société Canadienne de Pédiatrie).

Vitamine K dans les laits infantiles

Le Règlement délégué (UE) 2016/127 fixe les teneurs en vitamine K des préparations pour nourrissons :

  • Minimum : 1 µg pour 100 kcal
  • Maximum : 25 µg pour 100 kcal

En pratique, les laits infantiles commercialisés en France contiennent environ 5,5 µg pour 100 mL (soit ~55 µg/L), bien au-delà du minimum réglementaire. Les nourrissons nourris au lait artificiel présentent des taux sériques de vitamine K fréquemment 10 fois supérieurs aux taux adultes normaux dès les premiers jours de vie (source : La Leche League France).

Vitamine K1 et K2 : quelles différences ?

  • Vitamine K1 (phylloquinone) : d'origine végétale. C'est la forme utilisée en prophylaxie néonatale. Elle est préférentiellement utilisée par le foie pour la carboxylation des facteurs de coagulation.
  • Vitamine K2 (ménaquinones) : d'origine bactérienne ou animale. Les ménaquinones ne sont détectables dans le foie néonatal qu'à partir de J14, car la colonisation bactérienne intestinale est absente à la naissance. L'EFSA (2017) juge les données insuffisantes pour fixer des valeurs de référence pour les ménaquinones.

Pour la prophylaxie clinique, seule la K1 est recommandée sous forme médicamenteuse (Vitamine K1 Cheplapharm).

Facteurs de risque de carence

  • Allaitement maternel exclusif sans supplémentation : facteur de risque principal pour les formes classique et tardive.
  • Cholestase : réduction de l'absorption des vitamines liposolubles dont la K.
  • Malabsorption intestinale : maladie cœliaque, atrésie des voies biliaires, mucoviscidose.
  • Prématurité : immaturité hépatique, colonisation bactérienne retardée, réserves lipidiques moindres.
  • Médicaments maternels : anticonvulsivants (phénobarbital, phénytoïne), rifampicine, anticoagulants anti-vitamine K.

Ce qu'il faut retenir

Pour en savoir plus sur les nutriments essentiels du lait infantile, consultez nos guides sur la vitamine D et le DHA (oméga-3). Pour choisir le lait le plus adapté à votre nouveau-né, consultez notre classement des meilleurs laits 1er âge.

La prophylaxie par vitamine K est un geste simple qui prévient une maladie potentiellement mortelle. Tous les nouveau-nés en France reçoivent de la vitamine K dès la naissance (2 mg per os ou 1 mg IM). La troisième dose orale à 1 mois est indispensable pour les bébés allaités. Les laits infantiles contiennent de la vitamine K en quantité suffisante (environ 55 µg/L), ce qui explique que les formes tardives de MHNN ne concernent quasi exclusivement que les nourrissons allaités non supplémentés.

Sources

  • Société Française de Néonatologie (SFN), Bulletin N°6, décembre 2015 — Recommandations vitamine K.
  • ANSM, modification de l'AMM Vitamine K1, septembre 2014.
  • Règlement délégué (UE) 2016/127 — EUR-Lex, Annexe I, tableau des vitamines.
  • EFSA, « Dietary Reference Values for Vitamin K », EFSA Journal, 2017.
  • Pauchard et al., Société Canadienne de Pédiatrie, PMC 6169617, 2018 — Revue systématique.
  • La Leche League France — Suppléments au lait maternel, données nutritionnelles.