Par La rédaction Le Bon Lait — Publié le 2026-02-21

L'importance du DHA (oméga-3) pour les bébés

Le DHA (acide docosahexaénoïque) est un acide gras oméga-3 à longue chaîne qui joue un rôle central dans le développement cérébral et visuel du nourrisson. Il représente environ 15 % des acides gras du cortex cérébral adulte et plus de 50 % des acides gras des segments externes des photorécepteurs rétiniens. Depuis février 2020, l'ajout de DHA dans les laits infantiles est obligatoire en Europe.

Quel est le rôle du DHA dans le développement du bébé ?

Le DHA intervient à plusieurs niveaux dans le développement du nourrisson :

  • Développement cérébral : le DHA est l'acide gras oméga-3 dominant dans la matière grise cérébrale. À la naissance, il représente environ 9 % des acides gras du cortex frontal, atteignant 15 % à l'âge adulte. Le fœtus accumule environ 50 à 67 mg de DHA par jour au cours du troisième trimestre, dont environ 3,1 mg/jour dans le cerveau (source : Nutrients, 2020 ; revue sur le DHA maternel et le neurodéveloppement).
  • Développement visuel : le DHA constitue plus de 50 % des acides gras des phospholipides des photorécepteurs de la rétine. Une carence en oméga-3 réduit significativement la sensibilité lumineuse des bâtonnets rétiniens chez le nouveau-né.
  • Système immunitaire : le DHA possède des propriétés anti-inflammatoires et module la réponse immunitaire.

Ce que dit la réglementation européenne

Le Règlement délégué (UE) 2016/127 impose depuis le 22 février 2020 un ajout obligatoire de DHA dans toutes les préparations pour nourrissons :

  • Minimum : 20 mg pour 100 kcal
  • Maximum : 50 mg pour 100 kcal

L'ARA (acide arachidonique, un oméga-6) n'est en revanche pas obligatoire selon l'EFSA (avis 2014). Cette position est contestée par un groupe d'experts de l'Académie Européenne de Pédiatrie qui recommande que l'ARA soit ajouté en quantité au moins égale au DHA (ratio DHA:ARA d'au moins 1:1), car une supplémentation en DHA sans ARA pourrait abaisser le statut en ARA du nourrisson. Nous valorisons dans notre classement les laits qui associent DHA et ARA.

DHA et études cliniques : quelles preuves ?

Étude DIAMOND (Birch et al., 2010)

L'étude DIAMOND (DHA Intake And Measurement Of Neural Development) est un essai randomisé en double aveugle portant sur 343 nourrissons nés à terme. Résultats :

  • Acuité visuelle à 12 mois : les nourrissons sans DHA avaient une acuité visuelle (potentiels évoqués visuels) significativement inférieure à celle des groupes supplémentés (p<0,001). La dose de 0,32 % des acides gras totaux était suffisante.
  • Développement cognitif à 18 mois : les nourrissons supplémentés en DHA obtenaient un score moyen de 104,1 sur l'indice de développement mental de Bayley, contre 98,4 pour le groupe contrôle (p=0,02).

Études de Birch et al. (1998, 2000)

Un essai de 1998 sur 108 nourrissons a montré que la supplémentation en DHA (ou DHA+ARA) pendant les 4 premiers mois améliorait l'acuité visuelle à 6, 17 et 52 semaines. Un essai de 2000 sur 56 nourrissons a documenté un gain moyen de +7 points sur l'indice de développement mental avec DHA+ARA.

Nuance importante : la revue Cochrane la plus récente conclut que la plupart des essais n'ont pas montré d'effets bénéfiques statistiquement significatifs, soulignant la nécessité d'études de plus grande envergure. L'EFSA a néanmoins maintenu l'obligation d'ajout, considérant le rôle structurel du DHA dans le tissu nerveux et la rétine.

DHA dans le lait maternel

La teneur moyenne du lait maternel en DHA est d'environ 0,32 à 0,37 % des acides gras totaux à l'échelle mondiale, avec de fortes variations selon l'alimentation maternelle : de 0,11 % (Hongrie) à près de 1 % dans les populations côtières grandes consommatrices de poisson.

En Europe, la fourchette observée est de 0,11 à 0,71 % selon les pays et les études. La teneur est directement corrélée à l'apport alimentaire maternel en DHA, notamment via la consommation de poisson gras.

Conseils pour les mamans qui allaitent

L'ANSES recommande aux femmes enceintes et allaitantes de consommer deux portions de poisson par semaine, dont une portion de poisson gras riche en DHA. L'objectif est d'atteindre au moins 250 mg de DHA par jour (500 mg d'EPA+DHA au total). Entre 50 et 75 % des femmes enceintes en France ont des apports insuffisants en DHA (source : ANSES, enquêtes alimentaires).

Poissons gras recommandés : saumon, sardine, maquereau, anchois, hareng, truite fumée — ils offrent le meilleur rapport DHA/mercure.

Poissons à éviter (femmes enceintes et allaitantes) : requin, espadon, marlin, lamproie — teneur élevée en méthylmercure. Thon, lotte, anguille : limiter à 150 g par semaine (source : ANSES, 2019).

Sources de DHA dans les laits infantiles

Les fabricants utilisent deux sources principales de DHA :

  • Huile de poisson : historiquement la source dominante, extraite de poissons gras (thon, anchois, saumon).
  • Huile d'algue (Schizochytrium sp.) : la microalgue dont les poissons tirent eux-mêmes leur DHA. Approuvée par l'EFSA pour les laits infantiles, elle est de plus en plus utilisée en Europe car exempte de contaminants océaniques (métaux lourds, PCB, dioxines) et produite en fermentation contrôlée.

Ce qu'il faut retenir

Le DHA est un nutriment essentiel pour le développement du cerveau et de la vision des bébés. Depuis 2020, tous les laits infantiles vendus en Europe doivent contenir entre 20 et 50 mg de DHA pour 100 kcal. Pour les bébés allaités, l'apport en DHA dépend directement de l'alimentation de la mère — la consommation régulière de poisson gras est recommandée. Consultez notre classement des laits 1er âge pour comparer les teneurs en DHA des différentes formules. Voir aussi nos guides sur la vitamine D et la vitamine K.

Sources

  • Règlement délégué (UE) 2016/127, Annexe I, Section 5.6 — EUR-Lex.
  • EFSA, Scientific Opinion on the essential composition of infant and follow-on formulae, EFSA Journal 2014;12(7):3760.
  • Birch et al., « DHA Intake And Measurement Of Neural Development (DIAMOND) », American Journal of Clinical Nutrition, 2010.
  • Anderson et al., « Fatty acid composition of brain, retina and erythrocytes in breast- and formula-fed infants », 1994.
  • ANSES, Repères alimentaires pour les femmes enceintes et allaitantes, dossier de presse, juin 2019.
  • EFSA, avis de sécurité sur l'huile de Schizochytrium sp. pour les laits infantiles, 2020-2025.